J’écris ces mots avec amour et inquiétude pour notre Biennale et pour notre scène artistique.
Un appel à la clarté, pour que la Biennale continue d’inspirer et de rassembler après trente ans d’histoire, d’art et de fierté.
Depuis trente ans, la Biennale de Dakar a toujours eu lieu tous les deux ans, à la même période (mai-juin). C’est une institution, reconnue comme la plus importante manifestation d’art contemporain du continent africain, et citée parmi les grandes biennales mondiales. C’est un rendez-vous attendu, reconnu, célébré.
Au fil des années, la Biennale a contribué à positionner Dakar comme une capitale artistique internationale, un espace d’expression et de reconnaissance pour les artistes africains et de la diaspora.
Elle est un repère symbolique et un moteur pour tout un écosystème créatif. Artistes, curateurs, collectionneurs, galeristes, chercheurs et amateurs d’art préparent ce rendez-vous longtemps à l’avance : repérages, financements, collaborations, réservations, préparation des expositions, montage de projets. La machine est bien huilée, portée par un calendrier mondial des foires et biennales.
Traditionnellement, bien avant cette période, le Sénégal annonce l’équipe de la Biennale (Secrétaire général, Directeur artistique), les dates officielles et le thème.
Ces informations sont relayées par la presse et par les réseaux internationaux du monde de l’art durant les foires et autres grandes rencontres (Art Basel par exemple). C’est souvent à ce moment-là que tout s’active : les curateurs prennent rendez-vous entre eux, les artistes lancent leurs collaborations, les galeries planifient leurs expositions, les collectionneurs préparent leur venue à Dakar. Bref, la machine se met en marche
Nous sommes aujourd’hui fin novembre. Art Basel, 1-54 et la Biennale de Bamako sont passées, mais il n’y a toujours aucune communication officielle concernant la Biennale de Dakar 2026.
Ce silence résonne trop fort.
Du côté du Sénégal, cette absence de communication plonge la communauté culturelle dans l’incertitude. Comment planifier, s’engager, trouver des partenaires, financer un projet ou même se préparer sérieusement sans informations claires ?
Et comment répondre aux questions qui viennent d’ailleurs :
« C’est quand la Biennale de Dakar ? »
« Y aura-t-il une Biennale ? »
C’est douloureux. Et je pèse mes mots.
Au-delà des enjeux artistiques, la Biennale fait vivre un vaste écosystème : artisans, techniciens, hôteliers, restaurateurs, créateurs. Elle est une dynamique économique et symbolique qui dépasse largement les murs de l’art.
La culture n’est pas un luxe. Elle fait partie de ce qui tient un pays debout, surtout quand tout vacille. Elle nourrit le lien social, la transmission, la fierté et l’espoir.
C’est aussi la crédibilité du Sénégal comme pôle culturel majeur qui est en jeu. La Biennale de Dakar a construit, depuis trente ans, une part essentielle de notre mémoire culturelle et de notre place dans le monde de l’art contemporain africain.
À ce stade, qu’il s’agisse d’un calendrier, d’une orientation ou d’une éventuelle annulation, une communication claire est un minimum.
Les acteurs culturels sénégalais ont une résilience remarquable. Ils s’adaptent toujours, souvent à la dernière minute, avec les moyens du bord. Pour la Biennale, ils sont prêts à s’engager, à faire des sacrifices, à porter l’événement. Il suffit de les informer, de les impliquer, de les fédérer. La Biennale est leur Biennale. C’est devenue une famille. Comme dans toute famille, on communique, on se parle, on se soutient. « on fait peuple » comme le dit toujours note ami Umar Sall (il n’y a rien de plus beau que de faire peuple)
La Biennale de Dakar vit par celles et ceux qui la portent, la préparent, l’attendent et la font rayonner.Une parole partagée, même imparfaite, vaut toujours mieux que le silence. Parce qu’une Biennale, comme toute grande aventure collective, se nourrit avant tout de lien et de confiance.
AICHA DEME
